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Tādāsana, l’équilibre sur les orteils…incontournable

Pour la nouvelle version du site , nous retrouvons tādāsana, cette posture à la fois si accessible et si exigeante. Elle peut être pratiquée tous les jours, chaque fois son « goût » est différent, selon là où l’attention est placée, selon la variante choisie, selon l’intensité retenue.

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Le nom de posture peut être perçu comme ambigüe : tādāsana est souvent appelé la posture de la montagne, le mot sanskrit tāda signifiant « montagne ». Cette posture dans laquelle « on se tient droit comme une montagne » est d’ailleurs celle qui est illustrée dans le Yogamakaranda, le premier livre du maître Krishnamacharya.

palmier4Cependant, ce n’est pas cette posture que nous décrivons ici, mais mais la posture du palmier «avec un tronc solide, enraciné et un feuillage léger, aérien ». L’origine du nom de la posture est tâdi le palmier, mais assez curieusement il ne s’agit pas d’un palmier « générique » pour lequel il existe de nombreux mots en sanskrit, dont tâla… mais d’une espèce particulière Corypha taliera.

tadasana-copierTâdâsana est une posture d’équilibre debout, en appui sur les orteils. Les pieds parallèles joints au niveau des gros orteils, tout le corps étiré vers le ciel, les paumes de mains jointes au dessus de la tête. Les yeux ouverts sont posés sur un point fixe. Elle prend sur une inspiration et se quitte sur une expiration. Elle peut être appréciée en dynamique (monter sur l’inspir, redescendre sur l’expir) et en statique (rester plusieurs respirations dans la posture).

Nous l’avons signalé ci-dessus, les variantes sont multiples (en particulier en jouant sur la position des mains et des pieds) ; en jouant sur les rythmes respiratoires, les lieux où se place l’attention, les possibilités sont infinies.

Voici quelques propositions d’exploration :

  • L’équilibre sur les orteils:

equilibre-sur-les-orteilsLa posture se définit comme un équilibre sur les orteils. Elle nous donne l’occasion d’un excellent renforcement de nos chevilles et nous demande de poser notre attention.Cependant, au début, si l’équilibre est difficile, il ne doit pas être un obstacle,mais une direction. La posture pourra être abordée simplement en amenant le poids du corps sur l’avant des pieds sans forcément chercher à soulever les talons.

Progressivement les talons pourront se décoller. Comme toujours en yoga, l’important est d’agir, et même si l’équilibre reste difficile, il faut continuer, en imaginant par exemple que les talons se soulèvent.

  • La position des pieds:

Classiquement les gros orteils sont joints, mais il peut être plus simple de commencer avec les pieds légèrement écartés. Il est également possible de prendre la posture avec les pieds écartés de la largeur du bassin. Autre possibilité, un socle asymétrique : à partir d’un écart de pied de la largeur du bassin, on faire une petit pas en avant avec le pied gauche.

Après avoir pratiqué la posture avec ce socle, revenir les pieds parallèles écartés de la largeur du bassin, puis mettre le pied droit devant et recommencer.

  • lever-le-brasLa position des bras:

Les bras peuvent monter ensemble, par l’avant ou par les côtés. Ils peuvent monter directement, ou passer par des étapes intermédiaires, bras écartés, ou bras parallèles devant soi.

tadasana-asymetriqueIls peuvent monter de façon asymétrique, par l’avant ou par le côté un bras, puis l’autre. Toujours de façon asymétrique un bras peut monter par l’avant, et l’autre partir vers l’arrière.  Dans cette variante, il est proposé de placer un socle asymétrique avec un pied devant. Si le pied gauche est devant, c’est le bras droit qui monte par l’avant et le bras qui s’étire vers le bas derrière.

  • Les mains:

Les paumes de mains peuvent orientée par l’avant, les bras restant parallèles le long des oreilles, ou se faire face, ou se joindre au-dessus de la tête.Il est aussi possible d’entrelacer les doigts et de retourner les paumes de mains vers le ciel, ou de poser ces mains (avec les doigts entrelacés) derrière la tête.

Les mains peuvent être placées en mudrā uttarābodhi

Il est également possible d’ouvrir largement les mains de face et de mettre les pouces en contact. La position des mains rappelle alors le feuillage du palmier.

  • Les jambes:genoux-plies

C’est une posture dans laquelle les jambes sont étirées, mais une variante propose de plier les genoux en gardant le haut du corps complètement vertical.

  • La colonne vertébrale;

Des enchaînements introduisant une extension latérale de la colonne vertébrale ou une torsion sont courants. Les talons se reposent au sol au moment où la colonne est en extension ou en torsion.

  • Le souffle et les bhavana (là où se pose l’attention):

L’attention au souffle affine le travail, par exemple enjouant sur la longueur des phases de la respiration, ou en introduisant des temps de suspension. Il est possible aussi d’inverser certains rythmes en montant sur une expiration, sur une suspension poumon vide ou une suspension poumon plein. On peut aussi dissocier le mouvement des bras de la montée sur les orteils. Ces adaptations peuvent paraître un peu expérimentales, elles sont très utiles pour éviter un geste qui se fait dans la routine, et permettent de vivre la posture différemment.

Enfin, l’attention à certaines parties du corps, la visualisation, l’utilisation de sons ou de mantras enrichissent encore l’expérience.

Quelques précautions cependant

Les personnes souffrant d’insuffisance cardiaque, de périarthrite d’épaule et de cervicalgie ne pratiqueront pas seules tâdâsana et se feront conseiller en particulier pour l’adaptation de la position des bras.

Ces précautions respectées tādāsana est une posture que vous pourrez facilement pratiquer seul(e). Mais si vous n’avez jamais fait de yoga commencez par suivre des cours.

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Mudrā uttarābodhi

…Se relier à l’Essentiel

Mudrā est un terme sanskrit qui désigne à la fois un sceau, une attitude corporelle, une position symbolique des mains, un geste commémoratif de la vie du Bouddha.

le-yoga-du-bout-des-doigsQuand une mudrā désigne strictement une position symbolique des mains, on parle parfois de hasta mudrā (hasta signifie main en sanskrit).

Les livres de Gertrud Hirschi, professeur de yoga à Zurich, décrivent une cinquantaine de mudras, et nous donnent des informations intéressantes – mais également souvent ésotérique – sur la pratique et les effets de ces positions de mains.

uttarabodhi-mudra3Nous vous invitons à expérimenter  mudrā uttarāboddhi, ou mudrā de la plus haute illumination (uttarā : supérieur, boddhi état d’éveil du Bouddha).

Comme la plupart des mudrā, elle peut se pratiquer en position allongée, assise ou debout. Dans tous les cas les index seront dirigés vers le ciel. Pour placer les mains dans cette mudra, il est  de proposé de:

  • joindre les mains devant le plexus solaire,
  • entre-croiser auriculaires, annulaires et majeurs,
  • garder le contact des index entre eux,
  • garder le contact des pouces entre eux en les dirigeant vers
    le bas.

Les deux index sont donc joints, dirigés vers le ciel, les pouces également en contact et dirigés vers le bas, les autres doigts entrelacés.

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Les mains peuvent rester devant la poitrine, ou se placer au-dessus de la tête, les bras
étirés.
Cette position des mains est simple et agréable et peut être gardée aussi longtemps que souhaité.

Selon Gertrud Hirschi, cette mudrā est très bénéfique si l’on doit faire une discours, enseigner ou écrire, car elle permet à la fois d’entrer en contact avec les forces divines qui vont nourrir notre inspiration et de créer un lien avec ses auditeurs ou ses lecteurs… Vous ne prendrez aucun risque à essayer, et dans tous les cas l’attention que vous porterez à vos sensations, aux contacts des doigts entre eux, et toujours à votre respiration, ramènera l’énergie en votre centre.

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Corypha taliera

Corypha taliera est la traduction du sanskrit tâdi, mot qui est à l’origine de tâdâsana, la posture du palmier présenté dans un autre article. Cette étymologie reste probablement à confirmer, mais elle est l’occasion d’aller à la découverte d’un palmier rare à la floraison spectaculaire.

La grande famille des palmiers

frise-de-palmiersCorypha taliera fait partie de la grande famille des palmiers (Arecaceae pour les savants), famille qui recoupe 183 genres et environs 2400 espèces, originaires pour la plupart des régions tropicales et subtropicales avec les deux tiers en Asie. Les palmiers jouent un rôle important, tant au niveau local qu’au niveau mondial (production de dattes, de noix de coco, d’huile de palme etc)
On relève dans la famille des palmiers quelques records biologiques tels que le plus gros fruit (le coco fesse produit par Lodoicea maldivica peut peser jusqu’à 25 kg), la plus grande feuille (la feuille de Raphia regalis atteint 25 m de long), et les plus grandes inflorescences (l’inflorescence de Corypha umbraculifera mesure 8 m et regroupe plus de 20 millions de fleurs)

Les coryphes

Les coryphes sont des palmiers massifs, remarquables par leur inflorescence. C’est sans doute cette inflorescence qui donne au genre son nom, du grec koryphe, sommet.

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Corypha umbraculifera

Ce genre est répandu en Inde, en Asie du Sud Est et dans le Nord Est de l’Australie. Il rassemble 6 espèces. Il est souvent naturalisé mais on peut le trouver à l’état sauvage en plaines alluviales ou dans certaines forêts.
Les deux principales espèces sont le Corypha umbraculifera, appelé tallipot en français et montré ci dessus, et le Corypha utans (synonyme C. elata); ces deux espèces sont remarquables par leur gigantisme. Une feuille de tallipot, avec sa forme en éventail, peut atteindre 5 mètres de largeur et peser 50kg.

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Fruits de coryphe

Les coryphes, sont monocarpiques c’est à dire qu’ils ne fleurissent et ne fournissent des graines qu’une seule fois dans leur existence, et meurent après avoir fructifié. Cette particularité est fréquente chez de nombreux bambous. On trouve dans la littérature scientifique, comme synonyme de monocarpique, le terme hapaxanthe (hapax: une seule fois, anthe; fleur). Les coryphes vivent de 30 à 80 ans; ils se passent donc plusieurs décennies avant de fleurir.

Le palmier de notre étude : Corypha taliera

Au Bengale, Corypha taliera est également appelé talipalm. L’inflorescence de ce palmier massif est tout aussi spectaculaire que celle de Corypha umbraculifera, mais contrairement à dernier qui est un palmier répandu dans toute l’Asie tropicale, Corypha taliera est endémique du Bengale, et particulièrement rare: il apparait sur la liste rouge des espèces menacées de l’UICN(1).

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Corypha taliera au jardin botanique de Floride

Ces deux palmiers sont également assez proches par leur utilisation : les grandes feuilles larges et épaisses permettent de s’abriter de la pluie ou de fabriquer des récipients. Après préparation spéciale, elles deviennent un support d’écriture facile à graver_ avec un stylet métallique_ et se conservent bien en climat tropical. Par cette utilisation, on peut les rapprocher des feuilles de papyrus Egyptien. En français (dans le Littré), ces feuillets manuscrits sont appelés comme ôles ou olles, par emprunt à un mot tamoul.

C’est un botaniste écossais, Willial Roxburgh qui a décrit cette espèce en 1919. Soixante ans plus tard le dernier spécimen sauvage connu fleurissait et était abattu avant de fructifier. On raconte que les habitants du village où se trouvait ce palmier, au vu de cette immense floraison blanche, crurent voir un  fantôme, et le détruisirent.

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Corypha taliera en fleur, un fantôme?

En 2008 un Corypha taliera qui avait été repéré dans le jardin de l’université de Dacca (Bangladesh) dans les années 50, commença à fleurir. Un projet de recueil des graines et de leur mise en culture a permis d’obtenir environ 500 spécimens; les jeunes plants ont été répartis dans des jardins botaniques ou replantés dans les forêts bangladaises. D’autres spécimens se sont replantés naturellement dans le jardin.
Cette récolte des graines et mises en culture avaient déjà eu lieu au début des années 1990, quand le Corypha taliera du jardin botanique de Howrah près de Calcutta avait fructifié; des spécimens furent alors envoyés à différents jardins botaniques dont certains en Floride.

sources-coryphaTara palm (Corypha taliera), artwork

(1) UICN: Union Internationale pour la Conservation de la Nature