Corypha taliera

Corypha taliera est la traduction du sanskrit tâdi, mot qui est à l’origine de tâdâsana, la posture du palmier présenté dans un autre article. Cette étymologie reste probablement à confirmer, mais elle est l’occasion d’aller à la découverte d’un palmier rare à la floraison spectaculaire.

La grande famille des palmiers

frise-de-palmiersCorypha taliera fait partie de la grande famille des palmiers (Arecaceae pour les savants), famille qui recoupe 183 genres et environs 2400 espèces, originaires pour la plupart des régions tropicales et subtropicales avec les deux tiers en Asie. Les palmiers jouent un rôle important, tant au niveau local qu’au niveau mondial (production de dattes, de noix de coco, d’huile de palme etc)
On relève dans la famille des palmiers quelques records biologiques tels que le plus gros fruit (le coco fesse produit par Lodoicea maldivica peut peser jusqu’à 25 kg), la plus grande feuille (la feuille de Raphia regalis atteint 25 m de long), et les plus grandes inflorescences (l’inflorescence de Corypha umbraculifera mesure 8 m et regroupe plus de 20 millions de fleurs)

Les coryphes

Les coryphes sont des palmiers massifs, remarquables par leur inflorescence. C’est sans doute cette inflorescence qui donne au genre son nom, du grec koryphe, sommet.

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Corypha umbraculifera

Ce genre est répandu en Inde, en Asie du Sud Est et dans le Nord Est de l’Australie. Il rassemble 6 espèces. Il est souvent naturalisé mais on peut le trouver à l’état sauvage en plaines alluviales ou dans certaines forêts.
Les deux principales espèces sont le Corypha umbraculifera, appelé tallipot en français et montré ci dessus, et le Corypha utans (synonyme C. elata); ces deux espèces sont remarquables par leur gigantisme. Une feuille de tallipot, avec sa forme en éventail, peut atteindre 5 mètres de largeur et peser 50kg.

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Fruits de coryphe

Les coryphes, sont monocarpiques c’est à dire qu’ils ne fleurissent et ne fournissent des graines qu’une seule fois dans leur existence, et meurent après avoir fructifié. Cette particularité est fréquente chez de nombreux bambous. On trouve dans la littérature scientifique, comme synonyme de monocarpique, le terme hapaxanthe (hapax: une seule fois, anthe; fleur). Les coryphes vivent de 30 à 80 ans; ils se passent donc plusieurs décennies avant de fleurir.

Le palmier de notre étude : Corypha taliera

Au Bengale, Corypha taliera est également appelé talipalm. L’inflorescence de ce palmier massif est tout aussi spectaculaire que celle de Corypha umbraculifera, mais contrairement à dernier qui est un palmier répandu dans toute l’Asie tropicale, Corypha taliera est endémique du Bengale, et particulièrement rare: il apparait sur la liste rouge des espèces menacées de l’UICN(1).

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Corypha taliera au jardin botanique de Floride

Ces deux palmiers sont également assez proches par leur utilisation : les grandes feuilles larges et épaisses permettent de s’abriter de la pluie ou de fabriquer des récipients. Après préparation spéciale, elles deviennent un support d’écriture facile à graver_ avec un stylet métallique_ et se conservent bien en climat tropical. Par cette utilisation, on peut les rapprocher des feuilles de papyrus Egyptien. En français (dans le Littré), ces feuillets manuscrits sont appelés comme ôles ou olles, par emprunt à un mot tamoul.

C’est un botaniste écossais, Willial Roxburgh qui a décrit cette espèce en 1919. Soixante ans plus tard le dernier spécimen sauvage connu fleurissait et était abattu avant de fructifier. On raconte que les habitants du village où se trouvait ce palmier, au vu de cette immense floraison blanche, crurent voir un  fantôme, et le détruisirent.

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Corypha taliera en fleur, un fantôme?

En 2008 un Corypha taliera qui avait été repéré dans le jardin de l’université de Dacca (Bangladesh) dans les années 50, commença à fleurir. Un projet de recueil des graines et de leur mise en culture a permis d’obtenir environ 500 spécimens; les jeunes plants ont été répartis dans des jardins botaniques ou replantés dans les forêts bangladaises. D’autres spécimens se sont replantés naturellement dans le jardin.
Cette récolte des graines et mises en culture avaient déjà eu lieu au début des années 1990, quand le Corypha taliera du jardin botanique de Howrah près de Calcutta avait fructifié; des spécimens furent alors envoyés à différents jardins botaniques dont certains en Floride.

sources-coryphaTara palm (Corypha taliera), artwork

(1) UICN: Union Internationale pour la Conservation de la Nature

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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